Le circuit des Planques

Un club, un territoire, une culture mécanique

Plus qu'une passion, le sport mécanique en Albigeois est une véritable tradition qui dure depuis plus de 90 ans.

La naissance du Moto Camping Club Albigeois

L'idée d'un circuit albigeois est née d'un groupe de passionnés de moto qui se réunissaient régulièrement au café des Négociants, situé sur la place du Vigan (actuel Crédit Agricole).

Cette fin d'après-midi de décembre 1927, dans la grande salle du café, de jeunes passionnés de la moto et de la voiture sont réunis : parmi eux Georges Peyrière et son frère Pierre, Raymond Sudre, Étienne Assié, Georges Lafon, Jean Sérieys, André Bonnet et Marceau Rieunier. Ce soir-là, Georges Peyrière proposa d'organiser un rallye ; le projet fut adopté à l'unanimité.

Carte postale ancienne de la place du Vigan à Albi montrant le Grand Café Gaubert, futur café des Négociants.
Le café des Négociants, anciennement Grand Café Gaubert, place du Vigan à Albi.

Quelques mois après, les membres du club nouvellement fondé mettent en place leur première manifestation, aimablement aidés par le docteur Devoisins, maire d'Albi, qui sera nommé président d'honneur du M.C.C.A. en 1930 en remerciement des services rendus.

Dès 1929 fut organisée la première épreuve d'endurance appelée « Circuit du Tarn », avec pour point de départ Albi vers Réalmont, Castres, Saint-Paul-cap-de-Joux, Lavaur, Saint-Sulpice, Rabastens, Lisle-sur-Tarn, Gaillac et Marssac, pour se terminer à Albi : un périple de 143 km à parcourir trois fois. Devant le succès remporté auprès du monde rural, le comité fut amené à réfléchir plus profondément sur l'organisation. Raymond Sudre et les frères Peyrière décidèrent de légaliser leurs manifestations, ce qui fut fait auprès de la préfecture par Henri Bouisset, pharmacien à Albi et premier président.

Le club prit alors l'appellation de M.C.C.A. (Moto Camping Club Albigeois). Cette dénomination insolite pour un club sportif est justifiée par les nuits passées sous la tente pendant le déroulement du « Circuit du Tarn », étalé sur plusieurs jours.

C'est François Andrieu, dessinateur à l'usine du Saut-du-Tarn et membre du comité, qui crée l'emblème du M.C.C.A. Après la guerre, ce sigle sera réalisé en or fin et attribué aux personnages les plus méritants.

Emblème historique du M.C.C.A. dessiné par François Andrieu : monogramme ailé surmonté d'une bougie d'allumage.
L'emblème du M.C.C.A., dessiné par François Andrieu.
François Flad, président du Moto Camping Club Albigeois, sur le circuit.
François Flad, président du M.C.C.A.

Fin 1929, les dirigeants sollicitèrent François Flad, fils de brasseur, pour devenir président de l'association. Cet organisateur et meneur d'hommes hors du commun, secondé par Henri Bouisset et Raymond Sudre, dirigera le club pendant les trente années à venir.

Panneau d'archives sur les pionniers du Moto Camping Club Albigeois.

Les courses de côte de Mascabrière

Sous son impulsion, le comité décide de créer en 1930 la course de côte de Mascabrière, qui se déroulera sur deux kilomètres le dimanche 4 mai, avec un départ au lieu-dit « Fonvialane ». Le M.C.C.A. organise l'épreuve en collaboration avec l'Automobile-Club et l'Union Motocycliste du Midi ; elle est ouverte aux motos de toutes cylindrées, aux side-cars et aux voitures de sport et de course. Le matin, une foule énorme assiste au « Tour du Tarn » organisé en lever de rideau ; l'après-midi, près de dix mille personnes suivent la course de côte.

L'exploit de la journée est la brillante exhibition d'Honoré Lormand qui, au volant de sa Bugatti trois litres, exécute une montée record et s'adjuge le meilleur temps. Langlois en moto et Lormand en auto sont les grands vainqueurs de cette journée mémorable. C'est ce jour-là que le public albigeois a attrapé le virus des sports mécaniques.

Un an plus tard, pour accueillir le public, le comité fait construire deux tribunes : la plus importante au premier virage après « Fonvialane », l'autre tout en haut de la côte, face à l'arrivée. Tous les membres du M.C.C.A. sont à pied d'œuvre, partagés en deux équipes ; tous des copains, bénévoles et passionnés. Tout est fin prêt pour le grand jour du dimanche 14 juin.

Vingt-deux motos, quatre side-cars et quinze autos sont engagés ; treize mille personnes s'étalent le long des deux kilomètres de piste. À 14h30, la première moto s'élance. Le meilleur temps est réalisé par le Niçois Paul Boetsch sur Terrot, Langlois effectuant la montée la plus rapide des side-cars. Mme Rose Itier, première et seule femme engagée, s'attribue au volant de sa Bugatti le meilleur temps de la catégorie sport ; Miquel, sur Bugatti également, réalise le meilleur temps des voitures.

La journée se prolonge sur les rives du Tarn, en amont du pont neuf, avec une démonstration de hors-bords offerte par Johnson, le fabricant de moteurs marins. Après le banquet de clôture et la remise des prix, le M.C.C.A. peut goûter la joie de la réussite. D'autres éditions se poursuivirent jusqu'en 1933 : la quatrième course de côte de Mascabrière fut un incontestable triomphe, mais aussi la dernière.

La création du circuit des Planques

Depuis quelques mois, François Flad et ses amis envisageaient d'aménager un circuit et de créer un Grand Prix automobile et motocycliste à Albi. La concrétisation de ce projet se fera en 1933.

Les courses étant prévues pour le dimanche 27 août, dès le début du printemps tout le monde met la main à la pâte. Pour que les routes soient opérationnelles, il a été nécessaire de les élargir partiellement. Les passages à niveau de Saint-Juéry et de Montplaisir ont été améliorés, les barrières provisoirement enlevées pour la circonstance. La piste prête, il faut penser aux spectateurs : des tribunes en bois sont construites en haut de la côte des Planques. Les départs et arrivées sont prévus à une centaine de mètres de cette côte ; face aux tribunes, sur le côté droit de la piste, sont édifiés les stands de ravitaillement.

Les tribunes du circuit Raymond Sommer, Albi, vers 1950.
Tribunes du circuit Raymond Sommer en 1950 — photo Le Studio Élie Durand.
Plan du circuit de vitesse de l'Albigeois entre Albi et Saint-Juéry, avec les tribunes, les stands de ravitaillement et les postes de commissaires.
Le plan du circuit de vitesse de l'Albigeois : 8 001 mètres entre les Planques, Montplaisir et Saint-Juéry.

La première course · 25-26-27 août 1933

Affiche du 1er Grand Prix international automobile et motocycliste de l'Albigeois, 27 août 1933.
L'affiche du 1er Grand Prix international de l'Albigeois, 27 août 1933.
Couverture du programme officiel du 1er Grand Prix de l'Albigeois, dessin de F. Andrieu, 1933.
Le programme du 1er Grand Prix, illustré par François Andrieu.

Les essais du samedi se sont déroulés sans problème et promettent de belles bagarres pour le dimanche, malgré une appréhension bien légitime de la part des organisateurs, puisque c'est une première. Le soleil, qui a réussi à chasser les nuages, prépare un magnifique après-midi pour le Grand Prix automobile. Les spectateurs venus de loin en profitent pour pique-niquer dans les prés qui bordent le circuit.

La course des voitures était prévue toutes cylindrées confondues ; le public apprend au dernier moment qu'il n'y aura pas une course mais deux : les 1500 cc accompliront 12 tours de circuit et les plus de deux litres, 22 tours. Le samedi soir, la direction du M.C.C.A. et l'Automobile-Club du Midi avaient reçu une pétition des pilotes de grosses cylindrées refusant de courir avec les petites.

À l'arrivée, les 35 000 spectateurs présents tout le long du circuit tentent de regagner leur domicile. Albi n'a jamais connu pareille cohue : les rues sont encombrées, les terrasses des cafés regorgent de monde. Le premier Grand Prix est, c'est l'évidence même, un triomphal succès pour le M.C.C.A.

Motos 250 cc

1er Onda (Magnat-Debon) — 2e Clermont (Rudge)

Motos 350 cc

1er Loyer (Vélocette) — 2e Brooke (Norton) — 3e Pharamond (Terrot)

Motos 500 cc

1er Lafont (Sunbeam) — 2e Bernard (Rudge) — 3e Castagné (Motosacoche)

Autos 1500 cc

1er Veyron (Bugatti) — 2e Vagniez (Maserati) — 3e Durand (Bugatti)

Le comte Stanislas Czaykowski et sa Bugatti sur le circuit des Planques en 1933.
Le comte Czaykowski et sa Bugatti, 1933.
Rose Itier, seule femme engagée en 1933, négocie le virage de la place Coste à Saint-Juéry au volant de sa Bugatti.
Rose Itier, seule femme engagée, au virage de la place Coste à Saint-Juéry, 1933.

1934 — Le circuit modifié

Pour la deuxième édition du Grand Prix de l'Albigeois, le tracé est remanié : une route nouvelle — la route Flad — relie la R.N. 99 à la R.D. 100, avec tribunes, passerelle, poste de chronométrage, zone de ravitaillement et parc coureurs. Le 22 juillet 1934, Pierre Veyron s'impose et devient le premier vainqueur du circuit des Planques dans sa nouvelle configuration.

Plan de la modification du circuit des Planques en 1934, avec la route Flad reliant la R.N. 99 à la R.D. 100.
1934 : modification du circuit, construction d'une route reliant la R.N. 99 à la R.D. 100.
Programme du 2e Grand Prix de l'Albigeois, Albi, 22 juillet 1934.
Programme du 2e Grand Prix de l'Albigeois, 22 juillet 1934 (atelier F. Andrieu).
Portrait de Pierre Veyron, premier vainqueur du circuit des Planques en 1934.
Pierre Veyron, premier vainqueur du circuit des Planques en 1934.
La Bugatti n°6 de Rey poussée hors de la piste devant le public en 1934.
La Bugatti de Rey en mauvaise posture, 1934.

Synthèse historique

  1. Décembre 1927

    Une poignée de motards se rassemble au « Café des Négociants », place du Vigan à Albi.

  2. 16 décembre 1928

    Naissance de la première association, qui deviendra le M.C.C.A.

  3. 1929

    Première épreuve d'endurance, le « Circuit du Tarn » : 143 km à parcourir trois fois.

  4. 1930

    Première course de côte de Mascabrière, sur deux kilomètres, le dimanche 4 mai.

  5. 1933

    Création du circuit des Planques et premier Grand Prix automobile et motocycliste d'Albi.

  6. 1954

    Le tracé est ramené à 2,991 km : le plus court circuit de l'histoire albigeoise.

  7. 1960

    Dernier Grand Prix — formule junior — organisé sur le circuit Raymond Sommer.

  8. 9 septembre 1962

    Inauguration du circuit du Séquestre (3,636 km) pour le 20e Grand Prix auto-moto d'Albi.

Scènes du Grand Prix d'Albi entre 1946 et 1950.Le circuit des Planques dans les années 1950.

Une nouvelle ère au Séquestre

En 1954, en raison de déficits successifs et après la démission de François Flad, Armand Brouzès et Roger Clar ramènent le tracé à 2,991 km. C'est alors que, pour la première fois, les « Monomils », monoplaces à moteur Panhard de 850 cm³, font leur apparition sur ce qui fut le plus court circuit de l'histoire albigeoise.

Le Grand Prix formule junior de 1960 fut le dernier organisé sur le circuit Raymond Sommer, qui ne répondait plus aux exigences de la nouvelle réglementation. Roger Clar eut alors l'idée de créer un nouveau circuit automobile autour de la piste de l'aérodrome du Séquestre. Réalisé en un temps record, ce tracé de 3,636 km peut accueillir des Formule 1 et 50 000 spectateurs. Il fut inauguré le 9 septembre 1962 pour le 20e Grand Prix auto-moto d'Albi.

Après avoir accueilli sur le podium Peter Arundel, Jim Clark, Brabham, Hill, Pescarolo, Arnoux, Pironi, Prost, Alesi, Panis et autres as du volant, ainsi que les Monneret, Roche, Sarron, Baldé, Viera, Jacques, Laconi et le champion du monde d'endurance du Moto Club Albigeois Julien Dacosta, le circuit d'Albi continue de s'illuminer de mille feux.

La création du circuit du Séquestre en 1961-1962.

Le moto-cross international, 1954-1958

En 1956, le site s'offre une nouvelle piste aux normes internationales, longue de 1 510 m. Le nombre de concurrents autorisés sur le circuit est fixé à quinze par série. Vérifications, pesage, permis, carte grise, licence, certificat de capacité et conformité du carburant sont contrôlés. Combes, sur BSA 350, remporte la course dans cette catégorie ; Molinari s'illustre sur Gilera en 500. Le moto-cross d'Albi prend alors une nouvelle dimension, celle d'un événement plus largement médiatisé.